Spiritualité de la communion dans la main

Mettre du sens derrière une pratique

Les consignes sanitaires de prudence (pour nous-même, mais surtout pour les autres) au regard de la façon de recevoir la communion pendant la messe, ont obligé certains d’entre-nous à revoir, temporairement, leurs usages. Il n’est jamais facile de changer nos habitudes, surtout quand elles constituent un mode de relation avec Celui qui qui compte le plus à nos yeux, le Christ-Seigneur, accueilli dans l’Eucharistie.

Cet article de l’hebdomadaire Famille Chrétienne peut nous aider à découvrir, qu’un geste auquel nous n’étions pas habitué peut se trouver porteur de grand respect et d’une riche spiritualité. Pour ceux dont c’était la pratique habituelle que de communier ainsi, et parfois d’une façon un peu routinière, ils pourront trouver aussi  profit à cette lecture.

L’hygiène au secours de l’amour

(Par le Père Nicolas Buttet, fondateur de la Communauté Eucharistein)

Pour des raisons sanitaires, nous voilà amenés à redécouvrir  le si beau rite de la communion dans la main. Voici quelques clés qui nous conduisent au cœur du mystère de l’Incarnation prolongée dans l’eucharistie.

Saint Jean Chrysostome (V 407), Père et docteur de l’Église, écrivait : « Combien y en a-t-il qui disent aujourd’hui : ″Comme j’aimerais voir le corps du seigneur, son visage, ses habits, ses chaussures !‶Le voici Lui-même qui se laisse non seulement voir, mais encore toucher, manger et recevoir au-dedans de vous. »

La raison même de la communion dans la main était justement ce contact direct, corporel avec Jésus dans l’esprit de ce que saint Jean nous partage : « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons » (1 jn 1,1).

Saint Cyrielle de Jérusalem (V 387), un autre docteur de l’Église, explique comment communier : «  Quand donc tu t’approches, ne t’avance pas les paumes des mains étendues, ni les doigts disjoints ; mais fais de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle-ci doit recevoir le Roi et, dans le creux de ta main, reçois le Corps du Christ, disant : ″Amen !‶ »

Une tradition résumée par saint Narsaï ((V 502) présente un autre symbolisme : « Le communiant joint ses mains en forme de croix ; et ainsi il reçoit le corps de notre Seigneur sur une croix. »

LA SANCTIFICATION ENTIÈRE DE L’ÊTRE HUMAIN

Le souci de tous les Pères fut la sanctification entière de l’être humain : « Avec soin, sanctifie tes yeux par le contact du Saint Corps, puis prends-le et veille à n’en rien perdre », dit Jean Chrysostome. Saint Aphraate ((V 345) et saint Augustin (V 430) confirment cette pratique du regard posé sur le corps du Christ : « Que personne ne mange cette Chair qu’il ne L’ait auparavant adorée. Non seulement ce n’est pas péché de L’adorer, mais ce serait un péché de ne pas L’adorer. » Saint Théodore de Mopsueste (V 428) enseigne : « Avec un amour grand et sincère, tu y attaches tes yeux et tu Le baises. » Le baiser au corps du Christ est attesté par saint Éphrem le Syrien (V 373), surnommé la « harpe du Saint-Esprit ».

Philoxène de Mabboug (V 523) nous invite à parler à Jésus qui repose dans nos mains : « Tu adores le Corps vivant que tu portes dans tes mains. Ensuite parle-lui à voix basse : Je Te porte, Ô Dieu vivant, je Te tiens dans le creux de mes mains, Dieu des mondes que les mondes ne sauraient contenir… et vois comme mes mains T’enserrent avec confiance, rends-moi digne Seigneur de Te manger de façon sainte et de goûter à la nourriture de ton Corps comme à la Saveur de ta vie.‶ »

Jésus, qui prenait un doux plaisir à « sauter » dans les mains de sainte Faustine, lui dit un jour : « Je désirai reposer sur tes mains et pas seulement dans ton cœur. » Et Faustine nous partage son expérience : « Pendant tout le temps où j’ai eu l’hostie dans la main, je ressentais une telle puissance d’amour que de toute la journée je ne pus ni manger ni reprendre connaissance. »

Article de l’hebdomadaire Famille Chrétienne – 6 au 12 juin 2020 – n°2212

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