Le Carla-Bayle, cité des arts !

Le « plateau d’Assy » Ariégeois…

Le village du Carla-Bayle, en Ariège, est devenu, en quelques années, un des hauts lieux de création artistique, une « cité des arts ». Son rayonnement s’étend bien au-delà de la terre ariégeoise, et même, hors des frontières de l’Occitanie. Ce promontoire de la basse Ariège, qui surplombe les vallées de la Lèze et de l’Arize, et d’où on voit se dessiner la splendide chaîne pyrénéenne, regorge d’ateliers et de galeries d’artistes. Des créateurs semblent avoir été aimantés par ce lieu.

De plus, un bon nombre d’entre eux, répondant à l’appel d’un couple de résidents du village attaché au bâtiment-église (Mr et Mme Martinez-Picou), ont accepté de faire œuvre d’art sacré. Ils ont « habillé » cet espace dédié au recueillement, à la méditation, et parfois à la prière, des Carlanais, des Carlanaises, et des gens de passage. Ils ont même consenti, pour la réalisation du chemin de croix, de se plier à la contrainte du thème imposé (la « station » du chemin de croix qui leur était attribuée) et de la dimension de l’œuvre (format identique pour chaque tableau). Si bien que cet outil traditionnel de la méditation des chrétiens sur la Passion du Christ, qu’est la Via Crucis, est ici l’œuvre commune d’artistes très divers ; non seulement dans leur expression artistique, mais aussi dans leurs convictions religieuses ou philosophiques.

Nous pourrions être étonnés de cela, mais ce serait oublier que le Carla-Bayle est la patrie de Pierre Bayle (1647-1706). Ce dernier, de famille protestante, converti au catholicisme, puis redevenu protestant, a souffert de l’opposition violente divisant des croyants de différentes confessions chrétiennes. Apprenant, en 1685, la mort de son frère Jacob qui refusait d’abjurer sa foi après la révocation de l’Édit de Nantes, Pierre Bayle est un des premiers philosophes et théologiens à théoriser la liberté de conscience. Il dénonce l’intolérance et prône une tolérance civile de toutes les confessions chrétiennes, du judaïsme, de l’islam, et de l’athéisme (in Commentaire Philosophique sur les Paroles de Jésus Christ). Donc, dans ce lieu, plus que dans d’autre, il n’était pas incongru que des artistes, fort différents, soient capables de faire œuvre commune…

Parmi les dernières créations contemporaines dans cette église Saint Jean du Carla-Bayle, il faut accorder une attention particulière aux fresques murales. Ce sont sans doute les dernières créations de cette nature depuis celles de Nicolaï Greschny s’inspirant, pour sa part, dans ses réalisations très nombreuses, de l’iconographie orientale (en Ariège nous en avons un exemple marquant dans l’église Saint Pierre et Saint Paul d’Aston).

Peu à peu, avec l’accord de l’évêque et du prêtre desservant ces paroisses, l’église Saint Jean du Carla-Bayle a assumé un statut comparable à l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d’Assy, face à la chaîne du Mont-Blanc. Nos amis artistes qui ont réalisé ici des œuvres, verront-ils leur notoriété atteindre celle d’un Georges Rouault, Jean Lurçat, ou Marc Chagall, pour ne citer qu’eux ? On peut le leur souhaiter, mais cela ne dépend pas de nous… Ce qui est certain c’est que nous sommes fiers et reconnaissants de ce qu’ils ont fait ici, de leur engagement au service de la beauté. Nous en sommes convaincus, l’art et la beauté – qui en est la visée – nous aident à vivre, nous invitent à choisir de prendre en main nos existences pour tenter d’en faire quelque chose de beau et donc aussi de bon. François Cheng nous aide à percevoir le lien entre le beau et le bien, par ces mots : « Ces deux mots viennent du latin bellus et bonnus, lesquels dérivent de fait d’une racine indo-européenne commune : dwenos. Je n’oublie pas non plus qu’en grec ancien, un même terme, kalosagathos, contient et l’idée de beau (kalos) et l’idée de bon (agathos). »

Le Pape Jean-Paul II (désormais Saint Jean-Paul II) s’adressant aux artistes jour de Pâques 1999 s’exprimait ainsi :

 » Vous savez que l’Église n’a jamais cessé de nourrir une grande estime pour l’art en tant que tel. En effet, même au-delà de ses expressions les plus typiquement religieuses, l’art, quand il est authentique, a une profonde affinité avec le monde de la foi, à tel point que, même lorsque la culture s’éloigne considérablement de l’Église, l’art continue à constituer une sorte de pont jeté vers l’expérience religieuse. Parce qu’il est recherche de la beauté, fruit d’une imagination qui va au-delà du quotidien, l’art est, par nature, une sorte d’appel au Mystère. Même lorsqu’il scrute les plus obscures profondeurs de l’âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l’artiste se fait en quelque sorte la voix de l’attente universelle d’une rédemption.

On comprend donc pourquoi l’Église tient particulièrement au dialogue avec l’art et pourquoi elle désire que s’accomplisse, à notre époque, une nouvelle alliance avec les artistes, comme le souhaitait mon vénéré prédéces seur Paul VI dans le vibrant discours qu’il adressait aux artistes lors de la rencontre spéciale du 7 mai 1964 dans la Chapelle Sixtine(17). L’Église souhaite qu’une telle collaboration suscite une nouvelle «épiphanie» de la beauté en notre temps et apporte des réponses appropriées aux exigences de la communauté chrétienne. »

Puisse être notre Église Diocésaine en dialogue avec les artistes contemporains et ainsi contribuer à rapprocher les hommes de Celui qui est la source de toute beauté.

+ Jean-Marc Eychenne – Évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix

  • Quelques fichiers audio explicatifs sur Radio Présence

Madame Martinez parle de l’historique des restaurations contemporaines

 

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