L’Ariège territoire amazonien

L’Ariège territoire amazonien – Ariège bien-aimée

En lisant la dernière exhortation apostolique du Pape François, sur l’Amazonie, et en constatant que de nombreux éléments exprimés pouvaient s’appliquer, presque à la lettre, à la situation de notre diocèse, j’ai imaginé l’exercice suivant : Remplacer (avec mon logiciel de traitement de texte qui peut le faire aisément) le mot Amazonie, par le mot Ariège ! Le résultat est saisissant. Il semblerait que notre Pape ait écrit précisément pour nous. Tant et si bien que me viendrait l’envie de vous envoyer à tous ce texte ainsi modifié (sans oublier de gérer les adjectifs « amazoniens », « amazoniennes », et en substituant l’expression « les gens du lieu » au terme « autochtones »). Ce sera fait dans les jours qui viennent…

(à la réflexion, chacun est capable de faire lui-même cette « traduction » en lisant cette exhortation du pape François)

En attendant, afin de vous donner, peut-être, l’eau à la bouche, je vous cite ici quelques passages.

«  5. Tout ce que l’Église offre doit s’incarner de manière originale dans chaque lieu du monde, de sorte que l’Épouse du Christ acquière des visages multiformes qui manifestent mieux l’inépuisable richesse de la grâce. La prédication doit s’incarner, la spiritualité doit s’incarner, les structures de l’Église doivent s’incarner. Voilà pourquoi je me permets humblement, dans cette brève Exhortation, d’exprimer quatre grands rêves que l’Ariège m’inspire.

  1. Je rêve d’une Ariège qui lutte pour les droits des plus pauvres, des gens du lieu, des derniers, où leur voix soit écoutée et leur dignité soit promue. (rêve social)
  • Je rêve d’une Ariège qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières. (rêve culturel)
  • Je rêve d’une Ariège qui préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses fleuves et ses forêts. (rêve écologique)
  • Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Ariège, au point de donner à l’Église de nouveaux visages aux traits Ariègeois. (rêve ecclesial)

…/…

  1. Dans les circonstances spécifiques de l’Ariège, … il faut trouver un moyen d’assurer le ministère sacerdotal. Les laïcs pourront annoncer la Parole, enseigner, organiser leurs communautés, célébrer certains sacrements, chercher différentes voies pour la piété populaire et développer la multitude des dons que l’Esprit répand en eux. Mais ils ont besoin de la célébration de l’Eucharistie parce qu’elle « fait l’Église », … Si vraiment nous croyons qu’il en est ainsi, il est urgent d’éviter que les peuples Ariègeois soient privés de cet aliment de vie nouvelle et du sacrement du pardon.
  2. Cette nécessité urgente m’amène à exhorter tous les évêques, en particulier ceux des métropoles, non seulement à promouvoir la prière pour les vocations sacerdotales, mais aussi à être plus généreux en orientant ceux qui montrent une vocation missionnaire à choisir l’Ariège.

…/…

  1. Une Église aux visages Ariègeois requiert la présence stable de responsables laïcs adultes et dotés d’autorité [136] qui connaissent …, l’expérience spirituelle et la manière de vivre en communauté de chaque lieu et qui laissent en même temps un espace à la multiplicité des dons que l’Esprit Saint sème en tous… Cela demande à l’Église une capacité d’ouvrir des chemins à l’audace de l’Esprit, pour faire confiance et pour permettre de façon concrète le développement d’une culture ecclésiale propre, nettement laïque. Les défis de l’Ariège exigent de l’Église un effort particulier pour assurer une présence capillaire qui est possible seulement avec un rôle important des laïcs.

…/…

  1. Dans une Église synodale, les femmes qui jouent un rôle central dans les communautés Ariègeoises devraient pouvoir accéder à des fonctions, y compris des services ecclésiaux, qui ne requièrent pas l’Ordre sacré et qui permettent de mieux exprimer leur place. Il convient de rappeler que ces services impliquent une stabilité, une reconnaissance publique et l’envoi par l’évêque. Cela donne lieu aussi à ce que les femmes aient un impact réel et effectif dans l’organisation, dans les décisions les plus importantes et dans la conduite des communautés, mais sans cesser de le faire avec le style propre de leur empreinte féminine. »

Chers amis, lisons cette lettre de notre Pape, lisons là ensemble, et inspirons-nous des appels qu’elle porte pour renouveler le visage de notre Église en cette belle terre ariégeoise que le Seigneur nous a confiée.

+ Jean-Marc Eychenne Évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix

(lien vers un résumé de l’exhortation et vers le texte intégral)

 

Autre article diffusé par certains organes de presse (La Vie) :

Ariège bien-aimée – Amazonie bien-aimée.

En lisant la dernière exhortation apostolique du Pape François, sur l’Amazonie, et en constatant que de nombreux éléments exprimés pouvaient s’appliquer, presque à la lettre, à la situation de notre diocèse, j’ai imaginé l’exercice suivant : Remplacer (avec un logiciel de traitement de texte qui peut le faire aisément) le mot Amazonie, par le mot Ariège ! Le résultat est saisissant. Il semblerait que notre Pape ait écrit précisément pour nous.

Bien entendu, l’Ariège n’est pas l’Amazonie et le prétendre, en plus d’être stupide, ne serait respectueux ni pour les amazoniens ni pour les Ariégeois. Cependant nous croyons que si le pape, adresse cette lettre non seulement aux habitants de cette région du monde, mais à l’ensemble du peuple de Dieu et à toutes les personnes de bonne volonté, c’est bien parce que nous sommes tous concernés. Certes, les grandes intuitions, anthropologiques, théologiques et pastorales qu’il exprime depuis le début de son pontificat, sont ici « incarnées » en une terre particulière. Mais elles sont transférables, « mutatis mutandis » (une fois effectués les changements nécessaires), à notre réalité propre. La petite astuce pédagogique que nous mettons en œuvre, en détournant un instant le regard de l’Amazonie pour le tourner vers notre département, serait susceptible de rendre les membres de notre église locale plus attentifs à ce qu’exprime le Pape François, et donc aussi plus résolus à tenter de le mettre en œuvre, ici et maintenant.

Quels sont donc les rêves de François à notre égard ?

  • « Je rêve d’une Ariège (Amazonie) qui lutte pour les droits des plus pauvres, des gens du lieu (autochtones), des derniers, où leur voix soit écoutée et leur dignité soit promue. »

En Ariège plus de 20% se situe en dessous du seuil de pauvreté (parfois plus de 50% en Amazonie). Cette pauvreté est souvent associée à des difficultés de santé, au grand âge, à l’isolement, à une situation de migration.

Le fondement de notre crédibilité, comme témoins d’un Dieu d’amour et de tendresse, est dans notre attention à ceux qui sont « les perdants » d’une évolution sociale, et d’un enrichissement croissant de notre société. Individuellement et collectivement (en communauté) c’est prioritairement là que se trouve notre place de disciple de Jésus. Regardons le chemin qu’il nous reste à accomplir pour qu’il en soit ainsi.

  • Je rêve d’une Ariège(Amazonie) qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières. (rêve culturel)

Il suffit de passer quelques semaines en Ariège pour découvrir qu’entre : la tradition des conteurs du Festival du conte de Saurat ; l’attachement à la langue Occitane et à la Covivéncia portée par les écoles Calendreta ; les épiques transhumances en Couserans ; la rencontre de quelques sourciers ou autres guérisseurs ; les oratoires de montagne associés à leur fontaine ou leur pierre noire (parfois miraculeuse) ; le tout lié à un accent tout autant chantant que rugueux – nombreuses sont les résistances à une mondialisation, nivelante culturellement. Cette attitude de protection est salutaire. Nous sommes invités à ne pas laisser disparaitre des pans entiers de la culture de l’humanité ; qu’ils soient ariégeois ou amazoniens.

  • Je rêve d’une Ariège(Amazonie) qui préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses fleuves et ses forêts. (rêve écologique)

Une bonne partie de notre territoire, caractérisé par la présence de la montagne pyrénéenne, a résisté à la mise en place d’une agriculture intensive et industrielle, sans pour autant parvenir à endiguer un fort exode rural (en Amazonie la forêt recule, ici elle progresse sur des terres autrefois consacrées à l’élevage et à de petites exploitations agricoles). Les industries minières, textiles, ou de production du papier, n’ont pas survécu à la concurrence étrangère. La rudesse de la vie, les paillettes de la ville, et l’attrait d’un argent que l’on croyait « facile », ont aspiré ailleurs les populations. Aujourd’hui on vient parfois de ces « ailleurs », si décevants et deshumanisants, chercher ici un environnement plus beau, une vie plus saine. On développe une activité qui ne nous permettra pas de juteux placements sur des fonds de pension, mais nous donnera accès à une vie digne, riche de relation avec la création et avec les autres. Irrésistible beauté et vie débordante reprennent leur droit…

  • Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Ariège, au point de donner à l’Église de nouveaux visages aux traits Ariègeois(Amazonien). (rêve ecclesial)

Sur ce vaste territoire, longtemps marqué par une forte présence des prêtres et des communautés religieuses, qui donnaient une visibilité très forte à l’Église, nous devons trouver d’autres moyens de donner à voir le visage du Christ à nos contemporains. Les baptisés sont invités partout, dans leur village, dans leur quartier, à constituer de petites fraternités de disciples missionnaires. Des responsables de communauté émergent et expriment leur besoin d’accompagnement, de formation, d’encouragement, de relecture. Leur responsabilité (on ne choisit pas sa vocation ou sa mission, mais on la reçoit) a besoin d’être authentifiée. Évêque, prêtres, diacres, religieux et religieuses missionnaires, arpentent alors le territoire pour rejoindre ces fraternités. Il est indispensable de les alimenter du Pain Eucharistique, de pouvoir célébrer avec elles le Sacrement du Pardon, de partager les lumières de Sagesse que le Seigneur transmet par son Église. Il y aussi des temps et des lieux de rassemblement pour se retrouver plus nombreux et partager les joies et les épreuves de la mission. Oui, de nouveaux visages se dessinent pour les communautés chrétiennes, ici en Ariège. Cette œuvre artistique là n’est pas le fruit d’une idéologie. L’Artiste, le peintre, le dessinateur, c’est le Seigneur lui-même.

Ces nouveaux visages ont aussi les traits de personnes qui cherchent sur des chemins très variés, parfois bien éloignés de nos routes habituelles, une expérience spirituelle donnant du sens à leur vie. C’est avec joie et bienveillance que se vivent ces rencontres, car elles nous déplacent et nous ouvrent à des renouvellements. « L’identité et le dialogue ne sont pas ennemis », nous répète avec insistance la Pape François.

Les lieux de religiosité populaire (nous pourrions citer la chapelle de montagne de Notre Dame de l’Izard) sont des espaces, pouvant être tout à fait fructueux, de créativité pastorale. Plutôt que de juger trop facilement les adeptes de ces démarches de païens superstitieux, peut-être devrions nous veiller à les respecter. Il est vrai que certains usages sont ancrés dans une tradition précédant parfois le christianisme lui-même. Mais le Seigneur parfois nous précède en travaillant, comme il le souhaite le cœur des humains… Il semble là aussi que la Pape François souhaite nous le rappeler.

Pour conclure, nous pourrions dire, que nous expérimentons la fécondité d’une lecture émerveillée (sa poésie nous réjouit), priante et attentive, d’un tel document. Or ce qui est vrai pour certains dans le monde (Amazonie), peut l’être aussi pour d’autres, semblant géographiquement et culturellement très éloignés (Ariège).

+ Jean-Marc Eychenne – Évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix (en France)

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