Invités à nous manifester !

Invités à nous manifester !

(Pouvons-nous ou devons-nous ?)

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Il n’est sans doute pas très utile d’ajouter une nouvelle prise de parole, à celles, nombreuses, pertinentes, élaborées, que l’on peut aisément trouver dans la presse et sur les réseaux sociaux. Mais on peut aussi considérer comme légitime l’attente des chrétiens d’un diocèse qui voudraient que leur pasteur risque, lui aussi, une expression, face aux évolutions de notre droit fort préoccupantes.

Je livre alors, moi aussi, trois ou quatre réflexions qui, peut-être, pourront aider tel ou tel.

1- Merci à ceux et celles qui ont compris qu’il ne convenait pas de « sommer » quelqu’un (son évêque dans ce cas) de bien vouloir se prononcer. La pression exercée et subie ne produit jamais de bons fruits. De plus chaque évêque doit-il s’exprimer sur toutes les questions, quand des responsables plus avertis, l’ont fait de façon claire ? N’y aurait-il-pas une sorte de narcissisme à vouloir coûte que coûte apporter son grain de sel ?

2- Notre société a la tentation de vouloir tout soumettre à la loi de l’offre et de la demande et, ce faisant, tend à faire entrer les choses les plus sacrées dans une logique marchande. Jusqu’à la vie elle-même ! Dans le long poème -Êve- Charles Péguy met ces quelques vers dans la bouche du Christ s’adressant à Marie, sa mère :

« Vous pleurez longuement sur ce nouveau scandale

 l’argent devenu maître à la place de Dieu.

Tout se vend et s’achète et se livre et s’emporte.

Rien ne se donne plus et moi j’ai tout donné. »

   Ils sont criants d’actualité….

3- Face à de tels changements, tendant à transformer les humains en moyens plutôt que de les considérer comme une finalité («Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen» – Impératif pratique de Kant), il n’est pas possible de rester sans réaction, et il importe d’exprimer sa forte inquiétude.

Comment alors manifester son désaccord ? Il revient à chacun, selon ses possibilités, sa sensibilité, son intuition, de choisir les actions qui lui semblent utiles. En excluant évidemment celles qui, étant violentes, ne respecteraient pas la dignité des personnes. Ce serait un intenable paradoxe que de prétendre protéger la dignité inaliénable de personnes humaines en ne respectant pas la dignité d’autres personnes humaines.

Dans notre société, une des formes démocratiques de l’expression d’un désaccord est la manifestation dans l’espace public. Il est donc possible pour des chrétiens catholiques de prendre part à ce type d’action revendicatrice. Mais il ne convient pas (de mon point de vue) que leur pasteur dise : « vous devez aller manifester !». Si vous le faites, vous avez ma sympathie (ou ma bénédiction), mais si vous ne le faites pas, parce que votre engagement est d’une autre nature, vous l’avez aussi.

4- Quand on choisit d’exprimer un désaccord sur un choix de vie ou d’action qui ne nous semble pas juste, nous devons nous efforcer de nous laisser inspirer par l’Esprit du Seigneur. Il nous aidera à trouver les mots les plus ajustés, sauvegardant toujours le respect de nos interlocuteurs. Mettons nous en situation d’être en face d’un frère, de notre maman, d’un ami proche, dont nous écouterions vraiment, avec empathie, les arguments. Cela ne nous conduira pas à renoncer à ce qui nous semble vrai, mais nous aidera à nous exprimer avec délicatesse et tendresse. «Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent» Ps 84, 10

Oui, que ferait et que dirait Jésus à ma place ? Nous poser intérieurement cette question peut nous aider à discerner la parole, l’attitude, l’action juste. Ceci dans nos «petits choix» quotidiens, comme face aux grands défis de la société d’aujourd’hui.

+ Jean-Marc Eychenne – Évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix

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