Des religieuses vivantes et libres

VIVANTES ET LIBRES !

Avec un regard extérieur, et restant en surface, nous pourrions penser qu’une abbaye bénédictine (comme celle Notre-Dame du Pesquié près de Saint-Pierre-de-Rivière), est un lieu, sinon de négation, du moins de forte limitation, de la vie et de la liberté. Or si nous prenons le temps de la rencontre et de l’écoute de chacune des moniales qui animent un cloître, comme il m’a été donné de

pouvoir le faire durant ce mois d’octobre, c’est exactement le sentiment contraire qui en ressort. Je ne saurais dire si j’ai rencontré des colonnes de sainteté, des parangons de vertu, ou des diamants mystiques ; qui suis-je pour en juger ? Mais j’ai rencontré des femmes de toutes générations, aux caractéristiques multiples, aux histoires parfois chahutées, fondamentalement vivantes et libres ! Elles sont animées individuellement et collectivement d’une énergie de vie, d’un enthousiasme, d’une créativité, qui nous laissent sans voix.

Si cela nous étonne à ce point c’est, peut-être, qu’en enfant de notre temps nous croyons que toute forme de cadre, de dépendance, de fidélité à un héritage, nous empêchent d’exprimer librement nos intuitions propres. Or le poète sait qu’il a besoin de la contrainte pour que surgisse la beauté du vers. Tout comme le peintre, le sculpteur, l’architecte ont besoin de la résistance de la matière, pour que vibre notre sensibilité à la vue de leur ouvrage. Sans oublier que le maître spirituel est toujours, lui aussi, fondamentalement un disciple ; le père est père parce qu’il a été fils. Quant à nous, c’est parce que notre identité est d’être disciple de Jésus, parce que nos liens fraternels sont l’expression de la Communion Trinitaire, que les pauvres matériaux de nos vies peuvent se transformer en œuvre d’art…

Ce n’est pas autre chose qu’exprimait Mère Marie-Bernard Eudier (Abbesse de Notre Dame du Pesquié jusqu’en 2004) lorsqu’elle écrivait : « Il nous faut vivre, vivre à fond, heureusement, intensément, avec tous les moyens qui nous sont donnés, mais vivre d’une manière mystérieuse, purifiante, avec le Christ, pour le Christ. »

+ Jean-Marc Eychenne – Évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix

(lien vers les autres articles du blog de l’évêque)

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