Ariège Catholique
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Prêtre depuis 70 ans !

par | 30/06/2026

70 ans après son ordination presbytérale, c’était fête au Mas d’Azil autour de l’abbé René Rouaix. Nombreux étaient celles et ceux qui se sont déplacés pour lui témoigner leur amitié en ce jour où l’Église fête aussi les apôtres Pierre et Paul. Voilà l’homélie de notre évêque Mgr Benoît Gschwind.

Si j’ai toujours aimé la conversion de Paul sur la route de Damas à cause de sa soudaineté et de sa radicalité, le long chemin qui dessine peu à peu l’amitié de Pierre et de Jésus m’a toujours séduit. Ce chemin-là ressemble tellement au chemin d’hommes et de femmes que je rencontre, que nous rencontrons dans notre ministère de prêtres, de diacres, dans notre vie à tous et à chacun.

Le chemin qui dessine peu à peu l’amitié de Pierre et de Jésus ressemble aussi étrangement à notre propre chemin. Tissé d’enthousiasme et de reniement, parsemé de chute et de relèvement, le chemin de Pierre est un peu notre chemin à tous. De question en question, au fil de la vie, Jésus éduque la foi de Pierre. « Que cherchez-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pourquoi as-tu douté ? M’aimes-tu ? » C’est à une amitié et à une fidélité toujours plus grande que Pierre est appelé.

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Voilà une question qui, pour nous, a peut-être le goût du déjà ou du trop entendu. Mais l’Écriture ne nous invite-t-elle pas à chercher sans relâche le Dieu révélé par Jésus, et à poursuivre sans trêve sa face ?

Alors essayons de nous laisser surprendre et de redécouvrir, au plus profond de nous-même, que la foi est un don de Dieu : « nul ne vient » au Fils « si le Père ne l’attire » (Jn 6, 44), et nul « ne confesse » que Jésus est le Christ et le « Seigneur », « si ce n’est par l’Esprit » (1 Co 12, 3). Tout cela nous le savons. Tout cela nous l’annonçons. Tout cela est au cœur même de notre mission et ouvre même, nous le savons, une brèche salutaire dans nos suffisances humaines.

Frères et sœurs, reconnaître que notre foi ne vient pas « de la chair et du sang », c’est aussi reconnaître que nous sommes « précédés » et que nous ne maîtrisons ni l’origine ni la fin de notre existence. Des anniversaires de vie, de naissance, de baptême, de profession religieuse, d’ordination, qu’ils soient les nôtres ou ceux de nos frères et sœurs sont toujours des invitations à la relecture de nos vies et la question qui rejaillit est toujours celle du Christ : « Pour toi qui suis-je ? » Merci René de nous donner pareille occasion aujourd’hui ! J’ai souvenir d’un prêtre de ton âge qui me disait il y a quelques années « je ne sais pas si j’ai la foi ! », juste avant de me partager sa vie, des étapes heureuses et des étapes plus difficiles. Il termina son histoire en me disant : « si c’était à refaire je referai tout de la même manière, parce que le Christ ne m’a jamais laissé tomber ! »

Des réponses par habitudes, des réponses trop rapides, des réponses qui ne font que répéter ce que d’autres ont dit, ou même des réponses portées par l’air du temps n’ont pas droit de cité quand nous relisons nos vies ! La question de Jésus est plutôt de celles qui doivent résonner longuement dans la prière et accompagner toute notre vie. La question de Jésus est plutôt de celles qui requièrent une réponse personnelle, une réponse qui engage la totalité de notre être. Le temps ne peut être au peut-être, mais au grand oui, à l’école du oui de Marie. La question de Jésus est plutôt de celles qui appellent à un engagement où se révèlent notre identité véritable et notre mission, avec ce que cela suppose de bonheur.

Alors oui, c’est bien de notre réponse à la question de Jésus que dépend notre vie et notre avenir. Jamais nous ne pourrons supporter et vivre la mission qui est la nôtre si nous zappons la question de Jésus. Jamais nous ne pourrons traverser les crises de nos vies, les petites comme les plus grandes, si la question de Jésus et notre réponse n’appellent pas à une profession de foi radicale nous entraînant à la suite du Ressuscité, nous encourageant à risquer le pas suivant. Et quand nous prenons des chemins de traverse et de liberté, nous éloignant du Christ et de l’évangile, à chaque fois que nous croyons notre bonheur ailleurs que là où Dieu nous appelle, l’amitié du Christ ne cesse de nous rejoindre et de nous interpeller : « Que cherches-tu ? M’aimes-tu ? Pour toi, qui suis-je ? » De notre réponse dépend notre vie et notre avenir : Fonctionnaire ? ou Apôtre ?

A Césarée, au milieu de la cacophonie des réponses et suppositions des disciples, la réponse de Pierre est d’une lucidité et d’une clarté qui détonnent. « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » déclare Pierre. Au cœur du débat, sa parole semble aussi tranchante qu’un glaive. Pierre est bien loin des théories et des hypothèses. Le temps n’est pas à l’expectative. Pierre ne suppose pas. Pierre s’engage. Sa parole est profession de foi qui embarque dans son sillage la vie tout entière d’un homme. Pierre prend le risque de la liberté. Il prend le risque de laisser parler en lui l’Esprit. Il devient croyant.

C’est parce qu’un jour nous avons pris le même risque que Pierre, que nous sommes devenus ce que nous sommes, et pour certains d’entre nous prêtres, diacres, religieux ou religieuses. C’est parce qu’un jour nous avons pris le même risque que Pierre, que nous avons compris le sens profond de notre vie et de notre vocation de baptisés.

Frères et sœurs, devenir croyant, c’est aujourd’hui encore prendre le risque de se mettre à l’écoute de l’Esprit qui parle au cœur de toute vie et qui prend aussi la parole au cœur de ce monde où nous vivons. Devenir croyant, c’est laisser résonner dans ma propre vie la question que Jésus pose à Pierre : « Pour toi, qui suis-je ? » C’est risquer ma vie sur la parole de celles et ceux qui ont été pour moi témoin du Ressuscité. C’est risquer une réponse à l’appel de Dieu qui s’impatiente toujours de notre réponse. Choisis ! Choisis ! Choisis, le bonheur et la vie !

Benoît Gschwind, Évêque de Pamiers – Homélie du 29 juin au Mas d’Azil

26 Juin 2026
26 Juin 2026