Le 22 mars Jeanne-Marie a accepté de nous livrer le témoignage de son expérience vécue lors des maraudes auprès des SDF de Toulouse
Suite à mon implication dans l’association GAF, sur Toulouse, on m’a demandé d’intervenir lors de la journée diocésaine du 22 mars sur le thème « la présence aux pauvres ». Le GAF : Groupe Amitié Fraternité , dont le coordinateur est un frère franciscain, est constitué d’anciens SDF et de bénévoles. Le but est d’aider les personnes SDF afin qu’elles puissent recouvrer leur santé physique et morale et de leur apporter son soutien pour qu’elles puissent réaliser à terme leurs projets de vie.
Une des activités du GAF, entre autres, est d’effectuer les sorties rue ( maraude). La présence d’anciens SDF avec le bénévole est précieuse parce qu’aller à la rencontre des plus isolés est très difficile. C’est la nuit, il faut les trouver, et c’est là que les anciens SDF avec leur connaissance de la rue, nous guident vers les planques des uns et des autres, et nous facilitent la rencontre. Le but du GAF n’est pas de porter nourriture, vêtements ou duvet … etc, (beaucoup d’associations sur Toulouse font çà très bien,) mais d’aller à la rencontre, d’être présents, de partager un moment. Un café, un bol de soupe nous permettent de démarrer un échange.
Là, il s’agit de laisser nos préjugés, nos idées préconçues, notre désir de changer l’autre, nos peurs de la différence, de la violence, des addictions et même parfois de l’odeur. On reste là, assis par terre avec lui ou debout, à boire quelques gorgées de café lentement car lui met du temps à nous accepter. Il nous faut souvent plusieurs semaines pour arriver à cette acceptation. On ne rentre pas en lien en quelques instants, avec une personne tellement blessée dans son parcours de vie, qui n’a reçu ni amour, ni soutien de quiconque. On ne dit pas grand chose, on écoute, on partage le silence ou au contraire une logorrhée impressionnante ou des paroles très profondes et justes. Certains ont même un visage radieux quant ils nous parlent de Jésus ou de la Vierge Marie.
Nous ne devons nous attendre à rien. On peut croire avoir créé un lien pendant 3 ou 6 mois, échange qui nous remplit de joie. Puis on ne retrouve plus la personne à qui on s’est attaché. Il est parti ailleurs, dans une autre ville ou que sais-je ? Quelques fois au contraire on se retrouve, même pendant plusieurs années, et je ne vous explique pas le bonheur de le retrouver, en vie, avec son baluchon, de l’écouter raconter ses galères de vie.
C’est lui, vers qui l’on va, qui prend, reçoit, partage, donne, – ou pas – , ce qu’il veut, quand il veut, et comme il veut. On apprend à ne rien attendre, à être là, présent dans l’instant, dans le silence, dans le rien. L’important est de le rejoindre dans ce moment de vie, et la joie de se retrouver une autre fois.
Jeanne-Marie


































































