ACAT – L’appel du mois

Appel du mois de juillet 2021

La défenseure mexicaine des droits humains Kenia Hernandez coordonne le collectif Zapata Vive qui lutte pour le droit à la terre et résiste pacifiquement aux modèles de développement néolibéraux de l’État mexicain.

Victime d’un harcèlement judiciaire

Kenia Hernandez a été arrêtée arbitrairement pour la première fois en juin 2020 lors d’une manifestation pacifique et inculpée pour « vol qualifié ». En octobre 2020, elle a été arrêtée une seconde fois par une vingtaine de policiers à un péage et accusée de « vol avec violence », infraction passible d’une peine de 18 ans d’emprisonnement.

Le 25 octobre 2020 le parquet général a demandé qu’un nouveau mandat d’arrêt soit émis pour le crime « d’attaques contre les voies de communication générales » car elle avait demandé le libre passage sur les autoroutes du pays. Pour les avocats de Kenia, cette campagne judiciaire est orchestrée par des acteurs corporatifs et les autorités locales en raison de ses engagements. Elle est actuellement en détention provisoire.

Une audience commencée le 13 mai 2021 et reportée au 27 mai suite à une demande d’interprète pour qu’elle puisse s’exprimer dans sa langue maternelle a pu finalement avoir lieu. Cette audience n’a cependant apporté aucun nouvel élément sur son dossier. Une nouvelle date doit être fixée prochainement, prolongeant d’autant plus sa détention arbitraire.

Ses avocats dénoncent les échanges qui ont eu lieu lors de l’audience du 13 mai marquée par les déclarations du juge affirmant que sa détention était justifiée car elle « manifeste trop » et que son genre ne devait pas être pris en considération car elle n’est « pas soumise ». Le juge a également questionné sa volonté de s’exprimer dans sa langue alors qu’elle a été scolarisée en espagnol. Les propos du juge ont été dénoncés comme un symbole du racisme à l’égard des minorités indigènes dans le pays et à l’encontre des femmes.

Un état de santé alarmant

Dès le 1er avril 2021 Kenia Hernández a informé un juge de la dégradation de son état de santé liée à de mauvaises conditions de détention. Le 17 mai 2021 elle a débuté une grève de la faim pour protester contre son incarcération, mais y a mis fin le 27 mai après avoir obtenu l’autorisation de s’exprimer dans sa langue maternelle au cours des audiences. L’ACAT-France, sensible au combat de Kenia Hernandez, demande sa libération et l’arrêt du harcèlement judiciaire dont elle est victime en tant que défenseure des droits, femme et autochtone.

Téléchargez la lettre d’interpellation

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Appel du mois de mai 2021

 

Mancho Bibixy est détenu en représailles à ses discours publics dénonçant la marginalisation économique et sociale de la minorité anglophone au Cameroun. Selon les Nations unies, sa détention qui dure depuis plus de quatre ans est arbitraire.

Mancho Bibixy est un symbole de militantisme pacifique au Cameroun. Alors qu’il travaillait pour une radio locale et documentait les violations des droits humains commises dans la Nord-ouest, il est devenu l’un des meneurs du mouvement pour l’égalité des droits. Le 21 novembre 2016, sur un rond-point de la ville de Bamenda, debout dans un cercueil, un mégaphone à la main, Mancho Bibixy dénonce la marginalisation sociale et économique de sa communauté anglophone. La révo-lution du cercueil commence. La réponse des autorités ne se fait pas attendre et les manifestants sont violemment réprimés.

Le 19 janvier 2017, Mancho Bibixy est arrêté sans mandat. Des soldats armés entrent de force dans la maison d’un de ses amis où il est hébergé, lui mettent une cagoule et l’emmènent dans un véhicule sans lui laisser le temps de mettre ses chaussures ou de prendre ses papiers d’identité.

Fin mai 2018, après plus d’un an de procès et de nombreux ajournements d’audiences, le tribunal militaire de Yaoundé condamne Mancho Bibixy à 15 ans de prison pour « actes de terrorisme, sécession, propagation de fausses informations, révolution, insurrection, mépris des organismes publics et des fonctionnaires et hostilité contre la patrie ».

Sa condamnation arrive en représailles à ses déclarations publiques dans une société régie par un contrôle strict de la liberté d’expression.

Le 15 août 2019, le groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies, adopte un avis concernant Mancho Bibixy (Avis n°46/2019). Sa conclusion : « la privation de liberté de Mancho Bibixy est arbitraire». Il a été arrêté sans mandat ni information sur les motifs de son arrestation. Il a été jugé devant un tribunal militaire qui ne relève pas du pouvoir judiciaire indépendant alors que le droit international interdit de telles pratiques concernant les civils. Il a été condamné sur la base d’accusations vagues et trop larges.

Le mécanisme des Nations unies appelle les autorités camerounaises à « libérer immédiatement Mancho Bibixy». En vain. Il reste incarcéré à la prison centrale de Kondengui, où il voit peu ses proches. Son état de santé se dégrade.

Le fonctionnement de la justice militaire permet au Président de la République de pouvoir ordonner, quand il le veut, des fins de procédures judiciaires et des libérations. Comme tout prisonnier d’opi-nion, la place de Mancho Bibixy n’est pas en prison. Mobilisons-nous pour demander sa libération auprès du Président Paul Biya !

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